Demain les chiens [Clifford D.Simak]

En 1952, « Demain les chiens » a été publié pour la première fois.

Grand classique de science-fiction, le livre se compose de 8 (ou 9, suivant la version que vous avez dans les mains) histoires racontées de génération en génération parmi les Chiens.

Chaque conte est précédé par les commentaires des Chiens s’interrogeant sur la possibilité de l’existence même des hommes. Car l’Homme n’est plus.

On suit en fait l’histoire d’une famille, les Webster qui affrontent les aléas de la vie et de la modernisation de la société.

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Au delà d’un livre de science-fiction, Clifford D. Simak a surtout écrit un petit bijou philosophique.

Les hommes sont-ils condamnés à faire le mal ?

La pression sociale, c’était cela qui avait maintenu la cohésion de la race humaine pendant tous ces millénaires, c’était cela qui lui avait donné son unité, tout comme la pression de la faim avait enchaîné les fourmis à une structure sociale figée.
Le besoin de chaque être humain de se sentir approuvé par ses semblables, le besoin d’un certain culte de la fraternité : un besoin psychologique, presque physiologique d’être dans la norme. C’était une véritable force qui empêchait les hommes de prendre la tangente de la société, et dont découlaient la sécurité et la solidarité humaines et le bon fonctionnement de la famille humaine.
Des hommes mourraient pour obtenir cette approbation, ils se sacrifiaient, se résolvaient à une vie méprisable. Car, désapprouvé par ses semblables, l’homme était abandonné à lui-même, il n’était plus qu’un hors-la-loi, qu’un animal chassé de la meute.
Les conséquences de ce besoin pouvaient être terribles ; il expliquait la persécution raciale, les atrocités massives commises au nom du patriotisme ou de la religion. Mais c’était aussi le lien qui maintenait l’unité de la race humaine, c’était cela qui, dès le début, avait rendu possible la société humaine.

Avec les améliorations technologiques et la conquête de l’espace, la majorité des hommes quittent la Terre à la recherche de nouvelles aventures. Seuls quelques amoureux de notre planète, des irréductibles, préfèrent rester vivre « comme avant ».

Les Webster, agoraphobes de père en fils, sont presque en huis-clos avec leur robot serviteur Jenkins.

Un des membres Webster finit par donner la parole aux chiens.

Ceux-ci découvrent la réflexion, la philosophie et se détachent doucement des habitudes canines habituelles.

L’homme commence à disparaitre de la Terre, préférant se transformer sur Jupiter en une nouvelle forme de vie ou, choisir par dormir et rêver pour l’éternité.

Comme s’il n’avait plus d’objectif ou de raison d’être, il se dilue lui-même dans la vie laissant place à la civilisation des chiens.

A l’aide des robots, ceux-ci donnent la voix aux autres animaux et organisent une société dans laquelle le meurtre est banni.

On pourrait féliciter l’homme d’avoir su créer quelque chose d’aussi magnifique : une société dénuée du mal.

Mais, c’est finalement Jenkins, le robot, qui a éliminé les derniers humains de la vie des chiens en les envoyant dans un autre monde.

Est-ce que Jenkins à force de côtoyer la famille Webster pendant des millénaires est devenu un homme ?

Est-ce qu’il est devenu fou ou est-ce que son programme a fonctionné jusqu’au bout ?

Toujours est-il qu’il a été le dernier à accomplir la destinée des chiens.

Quand les fourmis ont commencé à développer leurs propres civilisations, en pensant et en construisant leurs propres robots, Jenkins aurait pu transmettre le meurtre aux chiens qui s’inquiétaient de l’invasion de ces insectes.

Il a été chercher la solution (le poison) en réveillant un des derniers Webster qui sommeillait.

Il avait également oublié le meurtre. Et il choisit de ne pas révéler cette informations aux chiens.

Alors, est-ce l’homme à travers lui qui a réussi à agir en « bien » ?

Il est après tout une création humaine lui-même.

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J’ai lu ce livre 3 fois.

La première fois j’étais transcendée (ouioui) par ce livre. J’avais un truc comme 14-15 ans.

A la deuxième fois, une dizaine d’années plus tard, j’étais convaincue que Simak était un génie et que l’Homme est un connard qui n’apporte que destruction sur son passage.

En refermant le livre pour la troisième fois, je suis beaucoup plus mitigée.

La destruction apporte la création. Qui amène a son tour la destruction.

C’est un éternel recommencement.

L’homme privé de but n’avait plus envie de détruire, et encore moins de créer.

Les fourmis se sont « réveillées » après que Joe ait saboté leur ouvrage.

Les chiens ont pu se développer parce que l’homme était « détruit ».

On dit aussi que c’est dans la souffrance que l’artiste crée.

Alors est-ce que la guerre est nécessaire à l’Homme pour vivre ou est-ce qu’on peut dépasser cet état sauvage pour vivre en harmonie les uns avec les autres ?

Il semble, à la lecture de ces contes, que l’Homme disputait une course, sinon avec lui-même, du moins avec quelque poursuivant imaginaire qui le talonnait. L’Homme était lancé dans une quête insensée de puissance et de connaissance, mais on ne trouve nulle part la moindre allusion à l’usage qu’il entendait en faire une fois qu’il les auraient obtenues.
Selon la légende, il était sorti des cavernes voilà plus d’un million d’années. Et pourtant ce n’est guère que cent ant avant l’époque où se situe ce récit qu’il aurait été capable d’éliminer de sa vie la notion de meurtre. Voilà qui donne assez la mesure de sa sauvagerie : il lui a fallu un million d’années pour se débarrasser du meurtre et il considérait cela comme une grande réussite.

Rendez-vous à 45 ans, pour la 4ème lecture 😀

 

 

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