Le Château Ambulant [livre]

La semaine dernière, je vous ai parlé du film, et aujourd’hui je vais aborder le livre dont est tiré l’adaptation de Ghibli.

Diana Wynne Jones a écrit trois livres (je ne désespère pas qu’elle en fasse d’autres) sur l’univers d’Ingary avec les personnages de Sophie et Hurle en fil rouge (ils ne sont pas les personnages principaux des deux autres).

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Dans le premier tome, intitulé en français « le Château de Hurle » (et en anglais « How’s moving castle ») on découvre Sophie et sa rencontre avec Howl (« Hurle » en français) et Calcifer.

 

 

 

le chateau des nuages

 

Dans le deuxième, « Le château des nuages » ou « The Castle in the air », Sophie et Hurle en tant que personnages secondaires, aident Abdullah, marchand de tapis, à sortir sa princesse Fleur de la nuit des griffes d’un méchant djinn.

 

 

 

 

 

House_of_Many_Ways

Et dans le troisième, « House of Many Ways » (non traduit encore en France, mais qui pourrait faire un truc du genre « la maison aux plusieurs chemins », Chairman, un jeune rat de bibliothèque retrouve Sophie, Hurle, déguisé en enfant, et Morgan leur fils, pour aider le Roi à élucider le mystère de l’argent du royaume qui disparaît.

 

 

 

 

C’est en se basant sur le premier tome que Mizayaki a fait son Château Ambulant. Le nombre de personnages a été réduit, et la trame de l’histoire simplifiée pour une meilleure appréhension de l’univers.

Tout le petit monde a reçu son coup de baguette magico-kawaïen pour en faire quelque chose de plus mignon.

Calcifer par exemple passe de :

calcifer livre

calcifer film

 

 

à

 

 

 

 

 

 

Si vous avez aimé le film, vous devez absolument lire ce roman pour mieux découvrir l’univers de Sophie.

En fait, Sophie est l’aînée de deux sœurs, Lettie et Martha.

Sa mère décédée, son père s’est remarié avec la gentille, mais superficielle, Fanny avec qui, il a eu la petite dernière Martha.

Fanny est pleine de bonté, et n’a jamais cherché à nuire à Sophie contrairement au film.

Sans être tout le temps aux petits soins, elle se soucie toujours du bien être de ses (belles-)filles, même si elle reste très égoïste.

Quand elle perd son mari (le père de Sophie et Lettie, vous suivez toujours ?), elle ne peut pas assumer les études de ses trois filles et les envoient en apprentissage : Lettie dans une boulangerie, Martha chez une sorcière et Sophie à chapellerie de son père (qu’elle connait comme sa poche – et elle finit par se taper tout le boulot).

Dans son pays, tout le monde croit au merveilleux et il est dit que l’aînée de trois enfants reste malheureuse toute sa vie. Sophie y croit aussi.

« Tout ça parce que je suis l’aînée, marmonna-t-elle en poussant les lourdes portes. Rien ne vous réussit quand vous êtes l’aînée. »

Défaitiste, elle en est tellement persuadée, qu’elle n’est finalement pas surprise pas le sort jeté par la Sorcière du Désert (et non pas des Landes). Déjà avant sa transformation, elle se sentait vieille :

« Après tous ces mois passés recluse, à coudre sans bouger, Sophie se sentait comme une petite vieille à demi impotente. Elle s’enveloppa plus étroitement de son châle et rasa les murs des maisons. »

Comme dans le film, je la trouve presque contente de se retrouver dans le corps d’une vieille femme. Elle est libérée de cette pression qu’elle s’imposait toute seule et quitte alors maison et famille.

« Ne te laisse pas abattre, vieille chose, dit Sophie à cette figure. Tu as l’air en bonne santé, et d’ailleurs tu ressembles beaucoup à ce que tu es vraiment. »

Par la suite, elle découvre que Martha et Lettie ont changé de places. C’est finalement Martha qui travaille à la boulangerie et Lettie qui apprend la magie chez la sorcière.

Martha est amoureuse de Michael qui pense qu’elle s’appelle Lettie. Et l’apprenti du magicien s’affole quand il apprend que Hurle en pince pour une Lettie. Sauf qu’il s’agit de la vraie Lettie, celle qui est chez la magicienne Mme Bonnafé.

Attendez, ça se complique. Suliman n’est pas une femme sorcière comme dans le film, mais un sorcier qui a appris la magie chez la même sorcière que Hurle, à savoir Mme Tarasque. Benjamin Suliman vient en fait du même monde que Hurle : le pays de Galles.

Suliman disparait, le Prince Justin, à sa recherche, disparait, et le pays attend du sorcier Hurle qu’il les retrouve tous les deux.

En fait, c’est la sorcière du Désert qui les a kidnappé pour en faire son homme idéal. Elle veut récupérer la tête de Hurle pour parfaire son œuvre (et le Démon du feu de la sorcière voudrait récupérer le cœur de Hurle en passant, parce que celui de la sorcière est tout pourri depuis le temps).

Oui, parce qu’elle a découpé des parts de deux hommes pour ne faire qu’un seul corps.

Restent d’un côté l’épouvantail, créé par Suliman, ramené à la vie par Sophie, qui cherche désespérément le crâne (qui est celui de Suliman himself) qui squatte la table de salon de Château Ambulant et d’un autre, un pauvre gars nommé Perceval, un mélange des parties restantes du Prince Justin et de Suliman, qui se transforme également en chien (et qui change de races régulièrement)…

Je vous perds, non ?

Je m’arrête là, c’est pire que Dallas ce bouquin ^^

On comprend aisément que le studio Ghibli ait allégé tout ça pour faire quelque chose de plus accessible en 1h30. On perd en substance mais on gagne en lisibilité ^^.

 

Toujours est-il que dans le livre, la transformation de Sophie est moins présente. Elle existe toujours : de défaitiste , elle devient volontaire et forte. Elle développe bien entendu des sentiments amoureux pour Hurle, mais mettra très longtemps avant de les comprendre et de les accepter.

Sa magie par contre, est clairement mentionnée.

Dès le départ, elle est sous-entendue par le sorcière du Désert :

« – Je prends toujours la peine de m’occuper de ceux qui se dressent contre la sorcière du Désert, répondit noblement la dame. J’ai entendu parler de vous, mademoiselle Chapelier ; je me moque de votre attitude comme de votre concurrence, mais je suis venue pour vous arrêter. Voilà qui est fait.
Elle eut un grand geste de la main vers le visage de Sophie.
– Vous voulez dire que vous êtes la sorcière du Désert ? s’enquit Sophie, d’une voix que la stupeur et l’effroi rendaient étrangement chevrotante.
– C’est exact, dit la dame. Et que ceci vous dissuade de vous mêler de ce qui m’appartient.
– Je…je ne crois pas avoir rien fait de tel, bégaya Sophie d’une voix cassée. Il doit y avoir erreur. »

Sophie, elle-même, le réalise de façon plutôt zen :

« Mme Tarasque lui avait révélé qu’elle était une sorcière. Étrangement, Sophie acceptait cette idée sans aucun trouble. Cela expliquait la popularité de certains de ses chapeaux, se dit-elle. Et aussi le coup de foutre d’un certain comte pour Jane Farrier. Et peut-être la jalousie de la sorcière du Désert. Finalement, c’était comme si elle l’avait toujours su, mais estimait qu’un don pour la magie ne convenait pas à une aînée de trois enfants. Lettie s’était montrée beaucoup plus réaliste à ce sujet. Puis le costume gris et écarlate lui revint en mémoire et la consternation manqua la faire tomber dans l’escalier. C’était elle qui l’avait enchanté. Elle s’entendait encore lui murmurer : « Fait pour envoûter les filles ! » et naturellement cela avait marché.

Sans qu’elle s’en rende compte, elle vit une aventure digne des contes de fée qu’elle n’osait imaginer pour elle :

« Il arrivait des choses intéressantes dans la vie de tous les jours, mais toujours à d’autres qu’elle. »

Non seulement, elle est magicienne, mais en plus, elle doit résoudre une énigme : comment détruire le contrat qui lit le démon Calcifer au magicien Hurle ?

« Rivé à ce foyer, sans pouvoir m’en éloigner de plus d’un pas, il faut que je maintienne le château en état de marche, que je produise tous les tours de magie qui tiennent les gens à l’écart, que j’exécute tout ce qui passe par la tête de Hurle. C’est un être sans cœur, vous savez. »

Elle mettra beaucoup de temps avant de comprendre.

Pourtant, Calcifer lui balance des indices de ouf : « un être sans cœur » ! Mais c’est bien sûr ! Hurle, pour garder en vie une étoile filante (Calcifer) lui a donné son cœur. Et Sophie, grâce à sa magie, pourra les sauver tous les deux :

« – Calcifer, dit Sophie, il faut que je rompe ce contrat. Est-ce que cela va te tuer ?
– Cela me tuerait si c’était quelqu’un d’autre que toi, dit Calcifer, la voix rauque. C’est pourquoi je te l’ai demandé à toi. J’avais vu que ta parole pouvait donner vie aux choses : regarde ce que tu as fait pour le crâne et l’épouvantail.
– Alors, que tu vives mille ans encore ! proclama Sophie.
Elle mit tout ce qu’elle avait de volonté dans ces paroles, pour le cas où il ne suffirait pas de les prononcer. Cette idée l’inquiétait beaucoup. Très concentrée, elle s’appliqua à séparer Calcifer de la masse noire, aussi délicatement qu’on détache un bouton desséché de sa tige. Calcifer s’éleva en tournoyant et vint planer sur l’épaule de Sophie. Il avait la forme d’une larme bleue.
– Je me sens si léger ! soupira-t-il, et il mesura alors tout à coup ce qui s’était passé. Je suis libre ! cria-t-il. »

 

Mis à part, le côté « conte de fée » que j’ai beaucoup apprécié dans ce livre, on trouve également beaucoup d’humour.

Bien sûr, on est loin d’un humour très visible, bien gras. Non il est présent tout en légèreté, grâce au personnage de Hurle, notamment.

On le voit bien évidemment, comme quelqu’un de très narcissique, très égocentrique. Mais, finalement, ce n’est pas de sa faute : il n’a plus son cœur !

« – Hurle est très volage, glissa Calcifer. Il est captivé jusqu’au moment où la fille tombe amoureuse de lui. Ensuite, il ne veut plus y penser. »
« – Est-ce qu’il a oublié de passer au moins une heure dans la salle de bains ce matin ? questionna Michael.
– Il y est resté deux heures, précisa Calcifer, à se mettre des charmes sur la figure, cet imbécile vaniteux.
– Tu vois bien, enchaîna Michael. Le jour où il oubliera de faire tout ça, peut-être qu’il sera amoureux pour de bon. Mais pas avant. »

Et c’est pour Sophie, sans qu’elle comprenne encore une fois, que Hurle sacrifiera sa loooongue routine beauté. Alors qu’il n’a toujours pas récupéré son cœur ! C’est dire s’il l’aime !

(Qui dans le fond a osé parler de son pénis ? c’était mignon jusque là rooooh !! Bande de gros dégueulasses !)

 

Bref ! Je sais que j’ai beaucoup spoilé l’histoire, mais ce livre se lit et se relit sans aucun problème. Et après, il vous reste toujours les deux autres tomes pour replonger dans l’ambiance d’Ingary 🙂

 

Je laisserai à Hurle le mot de la fin :

« Tout le monde ne peut pas être une folle furieuse de Chapelier. »

 

 

PS : je pensais qu’il s’agissait au départ d’une référence au Chapelier Fou de Lewis Carroll. Ce qui m’a fait sourire. Alors qu’a priori non, puisqu’il existe une expression ancienne anglaise « As mad as a hatter », soit « fou comme un chapelier » mais également « fâché comme un chapelier ».

Je vous laisse lire l’article, en anglais, consacré à l’origine de l’expression sur l’article Wikipédia, si ça vous intéresse ^^.

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